L'appel de la loi

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La phenomenologie n'a pas a inventer les phenomenes - sinon comme on dit inventer un tresor - mais a les faire voir, ou entendre. Kant s'y emploie a sa maniere lorsqu'il fait entendre le ton de voix lie a l'imperatif categorique, celui d'une voix d'airain. C'est la reconduire la pensee a l'eclat d'un fait premier ou puiser ensuite ses ressources: il y a la loi. Kant le decrit comme un appel, a defaut de tout a fait le nommer ainsi, l'interpretant ensuite tout a la fois comme ce qui vient de nous (comme si le sujet ethique se donnait a lui-meme la loi) et ce qui vient a nous (comme si ce meme sujet repondait a la loi venue de Dieu). Prendre au serieux cette dualite suppose que le chantier kantien de l'ethique ouvre alors sur un horizon theologique. Kant ouvre un chantier que la phenomenologie historique, celle qui nait avec Husserl et Heidegger, repete. Comme toute vraie repetition, celle-ci ne va pas sans critique ni deplacement (Merleau-Ponty, Scheler, Jonas), mais le motif de l'appel est bel et bien la. Nous avons ete appeles - la trace laissee en nous par cet appel est trop forte pour que le moindre doute puisse encore s'elever a son propos, mais la question vient aussitot: quelle voix s'est fait entendre? Quel appel nous surprend et nous souleve? Appel de l'etre (Martin Heidegger), appel de l'Autre (Emmanuel Levinas) ou appel de la vie (Michel Henry)? Nous avons ete appeles, affectes, blesses - ce qui brise la vie lui appartient encore, mais qu'est-ce donc qui la brise et la releve? Multiples sont les figures de l'appel, mais a chaque fois il y a la loi et cette injonction d'etre - cette injonction silencieuse a laquelle le poete aura donne son exacte formule: Tu dois changer ta vie (Rilke). Comme il y a peut-etre Dieu.